Histoires du terrain
Donner sa chance à Haïti
3 mai 2010
C’était quelques jours seulement après la catastrophe qui venait de frapper Haïti. Au petit matin, au camp de base de la Croix-Rouge à Port-au-Prince, le délégué canadien, Jean-Pierre Taschereau, sortit de sa tente, prêt à consacrer une autre longue journée aux évaluations d’urgence. « Quand je me suis réveillé à l’aube, j’ai entendu de la musique gospel provenant d’une église tout près – qui se tenait à peine debout parmi les décombres, déclare-t-il. On pouvait entendre les fidèles chanter à l’intérieur. J’étais étonné de les entendre chanter des louanges au milieu d’une telle tragédie. » |
![]() Jean-Pierre Taschereau, délégué, Croix-Rouge canadienne (le 2e à droite). |
M. Taschereau dirigeait l’Équipe d'évaluation et de coordination sur le terrain (FACT) de la Croix-Rouge, composée de 29 membres, dans les jours qui ont suivi le séisme. « Je me rappelle avoir pensé que l’ampleur de notre tâche dépassait tout simplement l’entendement, ajoute-t-il. Il était édifiant d’entendre l’espoir et la résilience dans la voix de ceux qui chantaient ce matin-là. »
Il y avait plus d’un million de personnes sans abri. L’infrastructure déjà fragile était détruite. L’aide arrivait du monde entier. Il devenait évident qu’il s’agirait de l’opération humanitaire la plus importante de l’histoire de la Croix-Rouge.
Plus tard au cours de la journée, alors que M. Taschereau traversait le camp, il s’est produit un incident qui pourrait caractériser la mission de la Croix-Rouge en Haïti. « Une femme est entrée dans le camp en criant à l’aide, se rappelle-t-il. Lorsque je l’ai approchée, j’ai vu qu’elle portait un très jeune bébé qui avait l’air gravement malade. Je n’étais pas sûr que l’enfant survivrait. » M. Taschereau s’est empressé d’appeler les secours d’urgence.
Le personnel médical du camp a transporté l’enfant d’urgence à l’hôpital de campagne de la Croix-Rouge canadienne et de la Croix-Rouge norvégienne afin de stabiliser son état et de le faire transporter par avion au navire-hôpital de la marine américaine, l’U.S.S Comfort.
« À ce moment-là, tout s’est arrêté, affirme M. Taschereau. Nous nous sommes centrés sur une seule chose – donner à cet enfant la meilleure chance de survivre. C’était comme si tout ce que nous faisions en Haïti, comme de coordonner les efforts de centaines de travailleurs humanitaires, de gérer l’arrivée de milliers de tonnes d’articles de secours et de venir en aide à des milliers de personnes, se résumait soudain à un seul enfant – une seule vie. »
« Cette seule action, tirée de l’ensemble de l’intervention humanitaire internationale, définit vraiment la raison pour laquelle nous sommes ici – donner sa chance à Haïti. Ce pays la mérite. »

