Histoires du terrain
En Haïti, et contre toute attente, la Croix-Rouge répond à l’appel de Guayave
15 juin 2010
par Charlie Musoka, délégué, Croix-Rouge canadienne
Chaque membre de notre équipe, y compris les bénévoles de la Croix-Rouge haïtienne, était trempé jusqu’aux os aujourd’hui. Nous avons marché pendant des heures, de porte en porte, explorant des villages aux maisons effondrées et apportant de bonnes nouvelles à maints survivants du séisme du 12 janvier dernier, dans le village de Guayave : c’est à eux de recevoir maintenant des abris de la Croix-Rouge. La plupart d’entre eux vivent dans des camps de fortune composés de tentes ou de bâches en plastique fournies par la Croix-Rouge, après le tremblement de terre mortel. À l’approche de la saison des ouragans et de la pluie qui semble tomber jour et nuit, un hébergement plus solide fait figure de priorité.
Il semble que tous les éléments soient contre ces villageois : ils sont à la fois dans la misère la plus totale et isolés. Presque chaque maison que nous avons visitée n’était même pas équipée de toilettes ou n’avait pas accès à l’eau potable. Les villageois de Guayave comptent les jours avant que la route vers Jacmel, une ville située à environ deux heures, soit coupée. Dans un proche avenir, même les motocyclettes taxis ne pourront plus transporter de voyageurs.
En outre, le sol argileux des montagnes ne fait pas le poids face aux averses constantes qui ont érodé des versants entiers de montagnes, à tel point que des coulées de boue et des érosions ont rendu la route très étroite. Dans quelques semaines, le transport des matériaux de construction à travers ces routes dangereuses représentera un défi logistique majeur.
Comment reconstruisez-vous des maisons pour ceux qui sont locataires depuis plusieurs générations et qui ne possèdent pas de terres? C’est l’un des problèmes que la Croix-Rouge essaie de résoudre, mais les réponses ne sont pas simples en Haïti. L’optimisme règne quand on travaille avec la Croix-Rouge haïtienne ou avec les membres de la collectivité. Les Haïtiens semblent pouvoir résoudre n’importe quel problème, ce qui est probablement le secret de leur résilience depuis des années.
À Guayave, la Croix-Rouge commencera à reconstruire environ 15 abris. Alors que nous nous éloignions de l’abri improvisé appartenant à Fernand Soifette, petit homme frêle de 87 ans, il nous regarda et dit en créole avec un grand sourire : « Que ferions-nous sans la Croix-Rouge ? » Alors que ces mots m’étaient traduits, les vêtements humides que je portais me semblèrent un peu moins inconfortables.
