Histoires du terrain
Bloc-notes sur Haïti : Sophie Chavanel
Embouteillages
Le 15 août 2010
Les règles de sécurité sont très strictes pour la Croix-Rouge comme pour la plupart des organisations humanitaires en Haïti. Il y a un couvre-feu de minuit à 6 h du matin. Il nous est également interdit de nous déplacer à pied où d’utiliser les transports en commun, bien connu ici sous le nom de « tap-tap ». Il faut utiliser les véhicules de la Croix-Rouge, avec les chauffeurs de la Croix-Rouge et éviter tout rassemblement. Ce qui n’est pas simple en cette période électorale qui enflamme les foules. Nous avons régulièrement des restrictions de mouvement qui nous empêchent de quitter le camp de base ou le bureau.
Les embouteillages sont permanents à Port-au-Prince et d’une ampleur monstre. Je passe de longues heures à discuter avec les chauffeurs coincée dans le trafic à Carrefour. J’en profite pour apprendre le créole : « Mwen ap aprann pale kreyol ». Je dois dire que personne ne sait vraiment ce c’est la trafic sans être passé par Carrefour avec « les tap-tap» remplis à craquer et les voitures qui roulent en sens inverse du trafic. Au centre de tout ça, les gens vendent des bananes plantins et de l’eau dans des sacs alors que les pauvres soldats de la MINUSTAH essaient vainement de faire la circulation. La folie!
Le chauffeur attitré à ma résidence s’appelle Moïse. Moïse était dans la rue lors du séisme. Il s’est appuyé contre un mur au moment où la terre a tremblée. Lui s’en est tiré indemne, mais son ami est mort écrasé sous les décombres d’un immeuble, devant ses yeux. Tout le monde ici a une histoire d’horreur à raconter au sujet du tremblement de terre. Pour les Haïtiens, il y a la vie avant et après le séisme.
« Le 12 janvier 2010, la terre a secoué violemment Haïti. J’étais dans la salle de nouvelles de Radio-Canada, à Montréal, quand j’ai lu les premières lignes du fils de presse à 16h53, dans le style télégraphique: EARTHQUAKE HAITI MAGNITUDE 7 USGS. Les heures, les jours et les semaines qui ont suivi ont été extrêmement forts en émotions, alors que je voyais à la télé, comme vous, les images de ce pays sous les décombres. J’ai alors pris une décision. Je ne voulais plus seulement rapporter les événements de l’extérieur, je voulais être sur place. J’ai alors entrepris un nouveau parcours comme déléguée de la Croix-Rouge. » – Sophie Chavanel, déléguée de la Croix-Rouge canadienne, Haïti
Sophie Chavanel est coordonatrice des communications senior de la Croix-Rouge canadienne à Port-au-Prince, en Haïti. En août 2010, cette ex-journaliste s’est jointe à l’équipe de la Croix-Rouge en Haïti, où elle séjournera pendant 12 mois. Suivez ses activités dans son journal ci-dessous ou sur Twitter à http://twitter.com/SophieChavanel.

