Histoires du terrain
Bloc-notes sur Haïti : Sophie Chavanel
Le mythe du travailleur humanitaire, une âme solitaire
17 février 2011
Je vais vous faire une confidence à propos du travail humanitaire. Beaucoup de gens ont cette image du travailleur humanitaire; solitaire, pantalon cargo, air négligé. C’est vrai dans bien des cas pour les pantalons cargo et le look négligé, mais le travailleur humanitaire est loin d’être solitaire, en fait, pas dans son environnement. Ici, il est presque impossible de se retrouver seul un moment. La plupart des gens vivent à l’endroit où ils travaillent, ce qui fait que la plupart des gens ne cessent jamais de travailler! Aussi, la plupart des gens partagent une maison ou même une tente avec plusieurs personnes. Il y a toujours des collègues autour, des employés locaux, des chauffeurs, les gens des autres ONG. Il y a toujours quelqu’un autour de vous, mais ça ne veut pas dire que vous ne vous sentez pas seul.
Beaucoup de gens ont laissé à la maison une épouse, un amoureux, des enfants, des amis et si ce n’est pas facile pour la personne qui est partie, ce n’est pas facile non plus pour ceux qui sont restés à la maison. Le fait est qu’il est extrêmement difficile de garder un contact régulier et satisfaisant avec les proches et ce même en 2011. L’électricité et l’internet sont intermitents, les heures de travail prolongées. Le fait est que quand les gens arrivent finalement à se rendre sur skype pour parler à leurs proches, souvent la connection internet n’est pas assez bonne, on entend un mot sur deux, les conversations sont écourtées, les préoccupations des interlocuteurs complètement différentes et ça donne lieu à toutes sortes de frustrations.
Combien de fois aie-je vu des gens assis devant leur ordinateur la tête dans la paume de leurs mains. Une autre conversation qui a mal tournée, une scène beaucoup trop familière. Pour cette raison, je lève mon chapeau à tous ceux qui acceptent de faire le sacrifice de laisser partir un membre de leur famille pour qu’il puisse venir aider les gens qui en ont besoin. Des sacrifices énormes qui sont si minimes comparés aux besoins qu’il y a ici en Haïti.
« Le 12 janvier 2010, la terre a secoué violemment Haïti. J’étais dans la salle de nouvelles de Radio-Canada, à Montréal, quand j’ai lu les premières lignes du fils de presse à 16h53, dans le style télégraphique: EARTHQUAKE HAITI MAGNITUDE 7 USGS. Les heures, les jours et les semaines qui ont suivi ont été extrêmement forts en émotions, alors que je voyais à la télé, comme vous, les images de ce pays sous les décombres. J’ai alors pris une décision. Je ne voulais plus seulement rapporter les événements de l’extérieur, je voulais être sur place. J’ai alors entrepris un nouveau parcours comme déléguée de la Croix-Rouge. » – Sophie Chavanel, déléguée de la Croix-Rouge canadienne, Haïti
Sophie Chavanel est déléguée aux communications externes de la Croix-Rouge canadienne à Port-au-Prince, en Haïti. En août 2010, cette ex-journaliste s’est jointe à l’équipe de la Croix-Rouge en Haïti, où elle séjournera pendant 12 mois. Suivez ses activités dans son journal ci-dessous ou sur Twitter à http://twitter.com/SophieChavanel.



