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Histoires du terrain

Bloc-notes sur Haïti : Sophie Chavanel
Une violente tempête frappe Haïti

Le 24 septembre 2010

Aujourd’hui à 15 heures, une tempête complètement inattendue a frappé Port-au-Prince. D’un seul coup, le ciel est devenu noir comme la nuit et il s’est mis à pleuvoir de grands torrents d'eau. Ça n’a duré qu’une demi-heure, mais les dommages sont importants. L’eau s’est accumulée à une vitesse impressionnante, des branches d’arbres, des panneaux publicitaires et des morceaux de toit de tôle ont été arrachés et sont éparpillés un peu partout dans les rues.

Évidemment, c’est dans les camps de déplacés que la situation est plus difficile. Si la plupart des tentes ont tenu le coup, plusieurs centaines ont été emportées par les vents ou abîmées. Mais la plupart des dommages sont causés par l’eau qui s’infiltre dans les tentes, à travers les bâches. Il faut dire qu’il n’y a pas un seul espace public à Port-au-Prince qui n’est pas occupé par les tentes et ces espaces, souvent des parcs à flanc de montagne ou dans des terrains vagues, ne sont pas faits pour accueillir des gens. Il n’y a pas de système d’irrigation et le sol est instable.

Les équipes d’urgence de la Croix-Rouge se sont déployées tout de suite après la tempête. Des ambulances de la Croix-Rouge colombienne ont fait des allers et retours toute la nuit pour transporter des patients à l’hôpital et des équipes d’évaluation se sont rendues dans les camps pour constater l’ampleur des dégâts et évaluer les besoins.

La Croix-Rouge a prépositionné du matériel d’urgence dans des entrepôts un peu partout en Haïti, pour venir en aide à 25 000 familles : des bâches, des tentes, des outils, des couvertures. Pour agir le plus vite possible, en collaboration avec plusieurs autres organisations, nous nous divisons le travail et nous nous rendons dans différents camps où des dégâts ont été rapportés.

Dans l’un des camps que nous visitons, on nous dirige vers un abri inondé où vit une jeune femme de 28 ans, Geurlande Delbruce. Elle a accouché la veille et malheureusement, son bébé est mort tout de suite après l'accouchement. On peut lire une grande tristesse dans ses yeux. Je ne peux m’empêcher de penser aux centaines de milliers d’autres abris qui cachent tous une misère indescriptible. Ces pertes qui persistent alors que tant de mois se sont écoulés depuis le séisme constituent une réalité difficile à affronter en Haïti. Bien que le travail entrepris par la Croix-Rouge et d’autres organisations progresse, les besoins demeurent importants. Je n'oublierai jamais cette jeune femme.

Tout près de là, une autre jeune maman est couchée sur le sol avec son bébé de seulement huit jours. Le bébé est minuscule et la maman épuisée. Il y a neuf mois que le tremblement de terre a frappé Haïti. Ce bébé, tout comme les enfants qui naîtront au cours des prochaines semaines sont les enfants du tremblement de terre.


« Le 12 janvier 2010, la terre a secoué violemment Haïti. J’étais dans la salle de nouvelles de Radio-Canada, à Montréal, quand j’ai lu les premières lignes du fils de presse à 16h53, dans le style télégraphique: EARTHQUAKE HAITI MAGNITUDE 7 USGS. Les heures, les jours et les semaines qui ont suivi ont été extrêmement forts en émotions, alors que je voyais à la télé, comme vous, les images de ce pays sous les décombres. J’ai alors pris une décision. Je ne voulais plus seulement rapporter les événements de l’extérieur, je voulais être sur place. J’ai alors entrepris un nouveau parcours comme déléguée de la Croix-Rouge. » – Sophie Chavanel, déléguée de la Croix-Rouge canadienne, Haïti

Sophie Chavanel est déléguée aux communications externes de la Croix-Rouge canadienne à Port-au-Prince, en Haïti. En août 2010, cette ex-journaliste s’est jointe à l’équipe de la Croix-Rouge en Haïti, où elle séjournera pendant 12 mois. Suivez ses activités dans son journal ci-dessous ou sur Twitter à http://twitter.com/SophieChavanel.