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Histoires du terrain

Bloc-notes sur Haïti : Sophie Chavanel
Des tonnes de débris

Le 10 octobre2010

Le déblaiement des débris est un des grands défis qui ralentit considérablement la reconstruction d’Haïti. Il y a encore aujourd’hui, dans les rues de Port-au-Prince et dans les différentes villes du pays, des tonnes et des tonnes de débris. Au total, on évalue que le tremblement de terre a fait plus de 26 millions de mètres cubes de débris, ce qui signifie que si on les mettait dans des conteneurs, il y en aurait assez pour couvrir la distance entre Londres et Jérusalem. On ne peut pas reconstruire si les débris ne sont pas enlevés et la machinerie lourde est très limitée ici. La majorité des gens nettoient leur terrain à la main avec une brouette et déversent tout dans la rue, jusqu’à ce que les autorités viennent ramasser, ce qui peut prendre des jours, voire des semaines. Je pense que parfois, les gens mettent volontairement les débris au milieu de la rue pour créer des embouteillages et ainsi forcer les autorités à venir les ramasser.

Outre ces débris, il y a un volume considérable d’ordures qui bordent les rues et remplissent les canaux. Il n’y a pas de système de recyclage en Haïti, mais il arrive qu’une poubelle de l’un devienne un trésor pour l’autre. Certains articles sont réutilisés plutôt que jetés. Cependant, la plupart du temps, les gens jettent des choses qui finissent le plus souvent dans la rue.

Cela me rappelle les fois où sur l’autoroute au Québec, je voyais des gens jeter les emballages de nourriture à emporter par la fenêtre de leur voiture, en se disant que de toute façon, quelqu’un allait les ramasser pour eux. La différence c’est qu’ici en Haïti, personne ne ramasse les ordures. Il y a bien quelques rares poubelles, mais pas de collecte régulière. Et nous savons que résoudre ce problème prendra également beaucoup de temps.

En parlant des processus qui prennent du temps, pas très loin de chez moi, il y a un immense trou dans la chaussée, un trou tellement gros, qu’un homme, voire deux, pourrait tomber dedans. C’est en fait le plus gros nid-de-poule que j’ai vu de ma vie! Le trou était déjà là à mon arrivée et ne cesse de s’agrandir. Alors ceux d’entre vous qui se plaignent au sujet des nids-de-poule de votre ville, pensez-y deux fois!

« Le 12 janvier 2010, la terre a secoué violemment Haïti. J’étais dans la salle de nouvelles de Radio-Canada, à Montréal, quand j’ai lu les premières lignes du fils de presse à 16h53, dans le style télégraphique: EARTHQUAKE HAITI MAGNITUDE 7 USGS. Les heures, les jours et les semaines qui ont suivi ont été extrêmement forts en émotions, alors que je voyais à la télé, comme vous, les images de ce pays sous les décombres. J’ai alors pris une décision. Je ne voulais plus seulement rapporter les événements de l’extérieur, je voulais être sur place. J’ai alors entrepris un nouveau parcours comme déléguée de la Croix-Rouge. » – Sophie Chavanel, déléguée de la Croix-Rouge canadienne, Haïti

Sophie Chavanel est déléguée aux communications externes de la Croix-Rouge canadienne à Port-au-Prince, en Haïti. En août 2010, cette ex-journaliste s’est jointe à l’équipe de la Croix-Rouge en Haïti, où elle séjournera pendant 12 mois. Suivez ses activités dans son journal ci-dessous ou sur Twitter à http://twitter.com/SophieChavanel.